ANNIE, UNE INSTITUTRICE INSPIRANTE

Je m’appelle Annie, je suis institutrice et mère de 3 enfants

âgés de 30 à 35 ans.

Je vais commencer ma 39ème et dernière année de carrière

avant ma pension.

 

Nous sommes au début du mois de juillet, l’école est finie ?

 

Non, tant qu’on est enseignant, l’école n’est jamais finie.

On y pense tout le temps : c’est un métier qui occupe tout

le temps notre esprit, même pendant les vacances. 

 

C’est peut-être parce que j’aime mon métier, c’est ma vie,

mais c’est surtout parce que les vacances sont pour moi

l’occasion de prendre du recul. C’est une période où je peux

me ressourcer et faire plein d’autres choses mais aussi un moment

où je réfléchis à ce que je peux faire pour améliorer certaines leçons et me renouveler. Deux mois pour me préparer à une nouvelle année, de nouvelles petites têtes et une nouvelle aventure.

 

Comment termines-tu ta carrière ?

 

J’ai choisi de faire de ma dernière année une année spéciale. C’est la première fois que je ne suis plus titulaire. À la place j’ai demandé à être « volante », fonction souvent considérée comme « bouche-trous », pour les profs en fin de carrière, à laquelle j’ai envie de donner une autre dimension.

Je voudrais m’occuper des élèves en difficultés, ceux qui nécessitent une attention et des outils spécifiques. Je voudrais, grâce à mon expérience et à des formations que je compte suivre tout au long de cette année, mettre ces outils en place avant de partir.

 

Pourquoi as-tu choisis l’enseignement ? 

 

Je me suis inscrite à l’école normale parce que j’aimais les enfants, j’étais motivée par mes expériences d’animatrice dans les mouvements de jeunesse et parce qu’un professeur m’avait dégoûtée de la musicologie, mon premier choix d’études. 

À refaire, je ferais tout pareil : je signe des deux mains pour l’enseignement.

 

5 conseils à celui qui choisit une carrière d’enseignant :

 

1. Bien réfléchir et choisir cette voie pour de bonnes raisons, pas pour les vacances : c’est un métier qui demande beaucoup d’investissement.

 

2. Penser à sa famille. L’équilibre est parfois difficile à trouver : il faut faire attention à ne pas faire passer l’école avant tout, à garder de l’énergie pour ses propres enfants. Ce n’est pas toujours simple. Privilégier les corrections collectives, les exercices oraux, les corrections pendant les heures de fourches, etc.

 

3. Penser à bien s’organiser. Il y a moyen de gagner du temps mais aussi d’en perdre beaucoup. Par exemple, en prenant l’habitude, dès le début, de tout trier, tout classer, tout garder, pour ne pas devoir tout refaire en repartant de zéro à chaque leçon.

 

4. Avoir certaines facultés d’adaptation : aux nouveaux programmes et outils, aux nouveaux élèves, aux nouveaux règlements, locaux et collègues, aux nouvelles années, époques, modes et tendances. Avoir envie de se laisser évoluer petit à petit, de se renouveler, de s’amuser et de pimenter son quotidien professionnel. Aimer le changement, parce que les enfants changent. Je ne suis jamais allée à l’école avec les pieds de plomb.

 

5. Avoir un(e) parrain/marraine, un(e) enseignant(e) à qui parler, à qui demander aide et conseil au début.

 

10 conseils d’instit’ à instit’ :

 

1. Jouer, comme au théâtre et s’amuser. Ça marche toujours,

plus on imagine, plus on est créatif, mieux c’est.

 

2. Les enfants adorent tout ce qui se répète. Installer des

rituels, fixer ensemble quelques règles, établir des codes,

des positions à adopter ou du matériel à prendre en fonction

de différents moments de la journée : ça les rassure, ça les aide

à se concentrer et ça nous fait gagner du temps.

 

3. Toujours partir du principe que ce qui est facile pour nous

ne l’est pas forcément pour l’enfant. Ce n’est pas à lui de faire

des efforts pour mieux comprendre, c’est à nous de faire l’effort

d’expliquer et de réexpliquer. Même si c’est parfois énervant.

 

4. Choisir le bon moment pour élever la voix : plus c’est rare, plus c’est efficace. Avec les gros yeux, c’est encore mieux.

 

5. Encourager les bons comportements porte plus ses fruits que punir les mauvais comportements. Je donne rarement de punition, je préfère féliciter ceux qui ont fait ce qu’il fallait faire, cela motive les autres à faire pareil.

 

6. Écouter les vieux. Surtout les vieux qui écoutent aussi les jeunes, bien sûr. Parce que l’enseignement ça s’apprend en enseignant.

 

7. Penser que tous les enfants ont au moins une qualité. Leur rappeler cette qualité, même lorsqu’ils sont en difficulté. Cela les valorise, et puis on se fait des copains ;-)

 

8. Participer à la bonne ambiance de l’école. Prendre le temps de parler avec ses collègues, manger avec eux, s’intéresser à eux, s’intégrer, intégrer les anciens et les nouveaux.

 

9. Adoucir les dialogues avec les parents. Je leur écris en ajoutant un petit smiley, ils prennent alors souvent le pas en me répondant eux aussi avec un petit smiley, petit signe qui montre qu’ils sont de mon côté. Lorsque je reçois un mot trop virulent, je note simplement « Vu ». Soit ils viennent m’en parler, soit le sujet passe, simplement.

 

10. Rire. Beaucoup. Minimiser, relativiser les choses, en rire avec eux.

 

10 souvenirs qui te font sourire :

 

1. Ma joyeuse entrée du matin, être accueillie d’un grand « Booon-jouuur Maaaa-Daaaaame !!! » lancé en chœur par les enfants.

 

2. Ces instants adorables où ils écoutent tous, parce qu’ils sont tous captivés.

 

3. Le bonheur total de voir un enfant fier de lui.

 

4. Lorsqu’un élève arrive à placer, tout fier, un mot de vocabulaire appris le matin-même. Qu’est-ce que c’est gai !

 

5. J’adore leur raconter des histoires. Les histoires de sorcières sont celles qui marchent le mieux ! Certains y croient mais moi, je ne leur en ai fait croire qu’une seule : celle d’un petit bonhomme qui habite dans le frigo. Une maman m’avait raconté qu’elle avait surpris sa fille en pleine nuit dans sa cuisine, en train d’essayer de « surprendre Chilibili » :-D !

 

6. Le jour où ils lisent d’eux-mêmes quelque chose et qu’ils le comprennent !

 

7. Cette leçon de dessin, où ils suivaient, étape par étape, ce que je dessinais au tableau. En recopiant, sans savoir ce que cela allait donner, ils se sont retrouvés avec un beau robot dessiné de leur main.

 

8. Ce sentiment de victoire, lorsque les enfants n’ont pas envie d’être en congé.

 

9. Les petits sifflets fabriqués avec des tiges placées entre les doigts, et les autres découvertes faites ensemble pendant les marches parrainées.

 

10. Les petites discussions du matin, où ceux qui veulent racontent leur soirée, leurs petits tracas ou petites joies. Quand les enfants se rassurent ou s’encouragent entre eux.

 

5 traces laissées par ton passage dans cette école…

 

1. Un « Puf ! » au lieu de « Soin ! » : certains collègues notent aussi cela en marge des cahiers sales.

 

2. La suppression du travail journalier : on a arrêté de tout quoter. J’estime que les enfants ont le droit de faire des erreurs, c’est en se trompant qu’on apprend.

 

3. Le vocabulaire du matin : maintenant, toutes les classes apprennent un nouveau mot chaque matin.

 

4. Le port du gilet fluo pour les surveillants : j’avais vu cela dans une autre école pour que les élèves les repèrent plus facilement.

 

5. J’ai décoré par mal de locaux et de décors de l’école, avec mes pinceaux et mes idées. Même les murs se souviennent de moi ;-) ! 

 

                             Et tes anciens élèves ?

 

                             - Je me souviens de la plupart de ceux que j’ai eus en classe. Je les                                      recroise partout : en rue, au magasin, chez le glacier, parfois à la                                    télévision ou dans le journal… 

 

                             - Certains sont devenus célèbres, comme Philippe Saive,

 

                             - Certains sont devenus des globe-trotters extravertis alors qu’ils étaient                                timides, peureux ou renfermés,

 

                             - Certains s’appellent encore « bibisse » entre eux pour dire,                                            affectueusement et à ma façon, « idiot » !

 

- Certains sont devenus mes collègues,

 

- Certains sont les petits-enfants d’anciens camarades de classe,

 

- Ou les enfants d’anciens élèves : il y a des mimiques et des traits familiers qui ne trompent pas :-p

 

- Lorsqu’ils deviennent parents à leurs tours, cela me fait toujours quelque chose.

 

- Ils transmettent alors à leurs enfants la petite astuce que je leur ai donnée pour arrêter de sucer son pouce…

 

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